Cela fait 50 ans que le projet de loi sur l'interruption médicale de grossesse (MTP) a été adopté en 1971, et l'aspect le plus déroutant des lois sur l'avortement en Inde est qu'elles stipulent tout sur les avortements, sauf le droit ou l'opinion de la mère concernant ce qu'elle doit faire de sa grossesse.
Même après le dernier amendement de 2020, qui a apporté une série de modifications au projet de loi, celui-ci se concentre toujours principalement sur son état de santé, qui doit être déterminé par un expert médical. Bien que l'avortement soit légal en Inde, il reste très stigmatisé pour les femmes célibataires.
Alors qu'en Alabama, un nouveau projet de loi interdit l'avortement du fœtus à six semaines de grossesse, les lois indiennes sur l'avortement autorisent la procédure jusqu'à 24 semaines de grossesse. L'Inde prend également en compte la souffrance des victimes de viol et autorise, entre autres, l'avortement légal. C'est un changement bienvenu, sans aucun doute.
Nous discutons avec des experts et découvrons les implications juridiques et sociales des lois sur l’avortement en Inde.
Les lois sur l'interruption médicale de grossesse
Table des Matières
En Inde, la législation sur l'avortement reste très stricte et ne laisse aucune place aux échappatoires. Examinons les différentes circonstances dans lesquelles les femmes peuvent avorter et en quoi consiste réellement le processus.
Dans quelles circonstances les femmes peuvent-elles avorter en Inde ?
À cela, l’avocat Nandish Thackar répond : « Conformément à la loi de 1971 sur l’interruption médicale de grossesse, plus précisément à l’article 3 de la loi, il est suggéré qu’une grossesse peut être interrompue essentiellement dans deux circonstances :
1. Lorsqu'un médecin estime que la poursuite de la grossesse entraînerait un risque pour la vie de la femme enceinte ou une atteinte grave à sa santé physique ou mentale, ou
2. Il existe un risque substantiel que, si l’enfant naissait, il souffrirait d’anomalies physiques ou mentales telles qu’il serait gravement handicapé.
La réponse à la question de savoir si l'avortement est légal en Inde pour les femmes non mariées est oui. Il est légal dans les deux cas mentionnés précédemment. Par exemple, si une femme est victime de viol et qu'un enfant résulte de ce viol, la souffrance causée par la grossesse est considérée comme un préjudice grave à sa santé physique et mentale.
Pourquoi l’intervention du tribunal est-elle nécessaire pour interrompre une grossesse après 24 semaines ?
Conformément à l'article 3(2) de la loi de 1971 sur l'interruption médicale de grossesse, il est prescrit que lorsque la durée de la grossesse ne dépasse pas douze semaines, l'avis d'un médecin doit être pris si la femme relève des deux catégories mentionnées ci-dessus.
Si le terme de la grossesse est supérieur à 12 semaines et inférieur à 20 semaines, l'avis de deux médecins doit être recueilli pour satisfaire aux critères susmentionnés. Cependant, l'amendement de 2020 a modifié ce délai, le portant désormais à 24 semaines, de 20 semaines. Toute interruption de grossesse au-delà de ce délai doit être autorisée par le tribunal.
Le tribunal doit examiner tous les aspects, c'est-à-dire la possibilité d'un avortement en termes de science médicale et les conséquences pour la santé de la femme. Si tout est en ordre et que les experts estiment que c'est possible, alors seulement le tribunal pourra autoriser un avortement après 24 semaines.
Plusieurs hautes cours, notamment celles du Madhya Pradesh, de Bombay et du Gujarat, ont examiné des demandes d'avortement au-delà de 20 semaines. Par exemple, dans l'affaire Priti Mahendra Singh Rawal contre Union of India, la Haute Cour de Bombay a autorisé l'avortement d'un fœtus de 26 semaines.
Dans cette affaire, la Haute Cour de Bombay a constitué un comité d'experts médicaux. Sur la base de leur avis, la Haute Cour a autorisé l'interruption volontaire de grossesse (IVG) sous le contrôle du Conseil médical.
Que signifient les modifications apportées à la loi MTP ?
Conformément à l'amendement au projet de loi MTP de 2020, les modifications suivantes ont été apportées aux lois sur l'avortement en Inde pour s'adapter à davantage de situations de grossesse dans le pays :
- Les victimes de viol et d'inceste ainsi que les personnes handicapées peuvent demander une aide médicale pour un avortement jusqu'à 24 semaines de grossesse.
- Si un comité médical ou le médecin diagnostique une quelconque anomalie substantielle chez le fœtus, la femme peut demander un avortement à tout moment pendant la grossesse.
- Si la grossesse n'a pas dépassé 20 semaines, une femme peut demander une aide médicale pour avorter le fœtus en consultant un seul médecin.
- Les données personnelles de toute personne subissant un avortement resteront confidentielles et leur vie privée sera la plus importante.
Cliniques privées pour l'avortement en Inde
Ce n'est un secret pour personne qu'il existe plusieurs cliniques d'avortement privées en Inde. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?
L'experte Snigdha Mishra répond : « L'Inde est une plaque tournante du tourisme médical. Cela signifie qu'on y trouve des infrastructures médicales de renommée mondiale. Cela dit, des petites villes aux agglomérations, en passant par les grandes villes, de nombreuses petites cliniques privées proposent ces services, et toutes ne sont pas douteuses. Elles offrent des soins de qualité et abordables, ce qui rend les soins médicaux plus accessibles. »
Cependant, nombre de ces cliniques fonctionnent uniquement comme des centres d'avortement. Face au fœticide féminin, un problème chronique dans la société indienne, nombre de ces cliniques se révèlent être des refuges pour cet acte illégal et cruel.
Si une femme a réellement besoin d'avorter, elle doit choisir un établissement médical légal et offrant des soins de qualité. Tant que les soins sont efficaces, le lieu d'avortement importe peu.
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En Inde, il arrive que des femmes soient contraintes d'avorter après une détermination illégale du sexe du fœtus. Qu'en pensez-vous ?
C'est illégal et les personnes qui commettent ce genre de pratiques doivent être emprisonnées. C'est un patriarcat absolu qui permet cela, sans compter les failles évidentes de notre système médico-légal concernant la loi sur l'avortement en Inde. Puisque la détermination du sexe du fœtus et le fœticide sont des crimes, il ne fait aucun doute que toutes les parties impliquées doivent être sanctionnées. Mais le plus important est de comprendre et de changer les mentalités qui permettent de tels actes », ajoute-t-elle.
Sur la procédure d'avortement
La procédure d'avortement en elle-même est également un aspect qu'une femme doit connaître avant de s'y inscrire. Ci-dessous, vous découvrirez les différentes formes d'avortement et leur déroulement.
Qu'est-ce qu'une pilule abortive ?
La pilule abortive est utilisée pour pratiquer un avortement médicamenteux, c'est-à-dire une interruption de grossesse non chirurgicale. Elle est différente de la contraception d'urgence . La pilule abortive est le nom courant donné à l'association de deux médicaments permettant d'interrompre une grossesse : la mifépristone et le misoprostol, explique le Dr Sharmila Majumder.
Vous commencez par prendre une pilule appelée mifépristone. La grossesse nécessite une hormone appelée progestérone pour se dérouler normalement. La mifépristone bloque la production de progestérone par votre corps, ce qui empêche la grossesse de se développer.
Ensuite, vous prenez le deuxième médicament, le misoprostol, soit immédiatement, soit jusqu'à 48 heures plus tard. Ce médicament provoque des crampes et des saignements pour vider l'utérus. C'est un peu comme avoir des règles très abondantes et douloureuses, et le processus est très similaire à une fausse couche précoce.
Quelle est l'efficacité de la pilule abortive ?
Pour les personnes enceintes de 8 semaines ou moins, cela fonctionne environ 94-98 fois sur 100.
Pour les personnes enceintes de 8 à 9 semaines, cela fonctionne environ 94 à 96 fois sur 100.
Pour les personnes enceintes de 9 à 10 semaines, cela fonctionne environ 91 à 93 fois sur 100.
Vous pouvez généralement obtenir un avortement médicamenteux dans les 70 jours (10 semaines) suivant vos dernières règles (le premier jour de vos dernières règles).
Quelles sont les complications possibles des médicaments oraux pour l’avortement ?
Certaines complications possibles des médicaments oraux sont :
- Les pilules abortives ne fonctionnent pas et la grossesse ne se termine pas
- Il est possible que certains tissus de la grossesse restent dans votre utérus.
- Caillots de sang dans votre utérus
- Saignement trop abondant ou trop long pouvant entraîner des infections
- Réaction allergique à l’un des médicaments.
Quels sont les coûts de l’avortement ?
En Inde, un avortement médicamenteux coûte généralement environ 5 000 roupies, tandis qu'une interruption chirurgicale de grossesse (DIG) impliquant des interventions comme la dilatation et le curetage (DNC) peut coûter entre 25 000 et 30 000 roupies. Le coût varie donc d'un cas à l'autre, en fonction de l'état de la grossesse et de l'intervention recommandée par le médecin en fonction de l'état de santé de la patiente.
Les lois sur l’avortement en Inde sont progressistes
- La loi progressiste sur l’avortement constitue-t-elle un soulagement majeur pour les victimes de viol ?
Prachi Vaish affirme que le viol laisse des cicatrices psychologiques indélébiles qui mettent des années à guérir. Si une femme tombe enceinte, elle doit non seulement faire face au traumatisme, mais aussi porter l'enfant de son agresseur. L'empêcher d'avorter la condamne à vivre avec le souvenir de ce viol toute sa vie.
Il est également extrêmement injuste pour le fœtus de devenir un bébé et de naître, car il sera toujours victime et produit d'un crime. Par conséquent, la loi progressiste sur l'avortement est un soulagement pour les victimes de viol et les enfants à naître, qui risquent de subir un traumatisme supplémentaire sans qu'ils en soient responsables.
- Les jeunes couples et les adolescents abusent-ils des lois sur l’avortement en Inde ?
La coach de vie Joie Bose n'est pas d'accord : abolir l'avortement est la mesure la plus régressive qui soit et totalement inacceptable à ce stade du développement humain. C'est on ne peut plus clair, et il n'y a pas d'autre façon de le dire.
D'une certaine manière, cela montre à quel point la société reste foncièrement anti-sexualité. Admettons qu'un bébé ne soit pas un don de Dieu, mais le fruit d'une « nuit passionnée ». Eh bien, le jour, la nuit ou le matin !
Aucune protection n'est efficace à 100 %. Quant aux désirs sexuels , ils sont inscrits dans notre code génétique. Ils sont plus fréquents chez les jeunes que chez les personnes âgées, mais personne ne peut nier les avoir déjà éprouvés.
La science dispose de suffisamment de preuves pour démontrer que les humains ne sont pas fondamentalement monogames. Compte tenu de tous ces éléments, si par hasard une femme tombe enceinte, l'avortement est la mesure la plus responsable qui puisse être prise.
Pourquoi laisser son corps « souffrir » d'une grossesse ? Pourquoi un enfant devrait-il être un « fardeau » pour un homme qui ne peut pas être un père fier ? La grossesse doit être chérie par les deux parents, sinon l'avortement est la seule solution.
Aucun enfant ne mérite des parents dénués d'amour. Et aucun homme ni aucune femme ne devrait être contraint d'élever un enfant. Les législateurs doivent se rappeler qu'ils ne font rien pour aider l'enfant à s'éduquer. Ils ne font rien non plus pour aider les mères et les pères célibataires.
En tant que coach de vie, j'ai constaté que les personnes les plus déprimées et les moins confiantes sont celles qui ne sont pas appréciées par leur famille. Être un enfant non désiré provoque une dépression grave. Si un parent ne peut assumer la responsabilité de nourrir émotionnellement son enfant, il ne devrait jamais le mettre au monde. Les personnes les plus tristes sont celles qui se sentent mal aimées.
À bien y réfléchir, interdire l'avortement est une autre façon d'assujettir la femme, qui assumerait alors la responsabilité d'élever son enfant en tant que « tuteur naturel ». Une femme doit avoir le choix de la maternité et, si l'État interdit l'avortement, il doit assumer la responsabilité de subvenir aux besoins de l'enfant par tous les moyens possibles.
Les législateurs sont encore majoritairement des hommes. Ils sont encore majoritairement âgés. La loi sur l'avortement affecte le moins les législateurs. Elle devient simplement un moyen de contrôler ceux qui sont moins puissants qu'eux.
FAQ
L'avortement peut être pratiqué jusqu'à 24 semaines de grossesse, que ce soit par des moyens médicaux ou chirurgicaux. Dans des cas exceptionnels, notamment en cas d'urgence médicale, l'avortement peut être pratiqué après 24 semaines.
L’avortement a été légalisé en Inde en 1972.
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